
Le réveil sonna, une sonnerie stridente qui perça le silence de son minuscule appartement. Sun-jin grogna et enfouit son visage dans l'oreiller usé, essayant d'ignorer le monde extérieur. Mais le monde extérieur, avec son cortège de factures impayées et de dettes grandissantes, ne l'oubliait pas, lui. Il finit par se redresser, le corps lourd et l'esprit embrumé. Encore une journée. Encore une journée dans cette grande entreprise, à jongler avec des chiffres et des rapports, dans une atmosphère de plus en plus pesante. L'entreprise, autrefois florissante, était désormais au bord du gouffre, et les rumeurs de licenciements allaient bon train. Chaque jour qui passait, l'étau se resserrait un peu plus autour de lui. Il jeta un coup d'œil à la petite photo encadrée posée sur sa table de chevet : le visage souriant de sa mère. Une promesse silencieuse, celle de s'en sortir, de lui offrir une vie meilleure. Cette promesse, elle pesait lourd sur ses épaules, d'autant plus maintenant que son emploi était menacé.
Ce matin-là, l'air était particulièrement froid et humide dans le quartier de Yongsan. Les ruelles étroites étaient encore plongées dans la pénombre, et les quelques passants se hâtaient, le col relevé et les mains enfouies dans leurs poches. Sun-jin accéléra le pas, remontant la rue décrépite jusqu'à l'arrêt de bus. Le trajet jusqu'au siège de l'entreprise, imposant bâtiment de verre et d'acier, lui semblait chaque jour plus long. L'ambiance dans les bureaux était électrique. Les employés se murmuraient des nouvelles à voix basse, les visages sombres et inquiets. Sun-jin essaya de se concentrer sur son travail, mais la tension était palpable.
Mais ce matin-là, rien ne se passa comme prévu. À peine avait-il commencé sa journée, que son chef de service l’appela dans son bureau. La feuille de papier glissa sur le bureau impersonnel, atterrissant avec un discret froissement. Sun-jin fixa le document blanc, les mots noirs imprimés en caractères nets : « Rupture de contrat ». Un nœud se serra dans sa gorge. Ce n’était pas seulement un emploi qu’il perdait, c’était le mince filet qui le retenait à la surface. Les dettes, elles, ne connaissaient pas le chômage. Elles s’accumulaient, implacables, chaque jour qui passait les rendant plus menaçantes. Il releva les yeux vers le visage impassible de son chef de service, qui évitait son regard.
« Les affaires sont difficiles, Sun-jin. L'entreprise traverse une période critique. Nous devons malheureusement réduire les effectifs. » La voix était monocorde, dénuée de toute émotion. Une phrase apprise par cœur, répétée à l’envi.

Sun-jin acquiesça d’un signe de tête, incapable de prononcer un mot. Il ramassa ses quelques effets personnels, le cœur lourd comme du plomb. Ses pas résonnaient dans le couloir désormais vide, chaque pas l’éloignant un peu plus de son emploi, de sa routine, de sa fragile stabilité financière. L’image de son minuscule appartement dans le quartier de Yongsan lui apparut, un immeuble décrépit où les murs suintaient l’humidité et où le bruit de la rue ne connaissait jamais de répit. Un endroit où il retournait chaque soir, non pas par choix, mais par nécessité, faute de mieux.
Dehors, la nuit tombait sur Séoul, drapant la ville d’un voile sombre. Les néons des enseignes clignotaient, illuminant les rues d’une lumière artificielle. Sun-jin se retrouva seul, sans but, au milieu de la foule anonyme. Le froid de l’air nocturne mordait sa peau, accentuant son sentiment de solitude et d’angoisse. Il serra les poings, sentant le poids des factures impayées peser sur ses épaules. Comment allait-il faire ?
Deux options s’offraient à lui, deux chemins qui bifurquaient dans cette soirée soudainement vide, deux façons d’affronter, ou de fuir, sa réalité :
Le choix était devant lui. Quel chemin Sun-jin allait-il emprunter dans cette nuit qui s’annonçait longue et difficile, une nuit qui pourrait bien décider de son avenir ?